Le pacte asile et migration entre en vigueur en juin. Que change-t-il ?

La Revue européenne
5 min ⋅ 13/04/2026

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L’expert de la semaine est Monique Pariat est conseillère migrations à l’Institut Jacques Delors. Elle a précédemment exercé à la Commission européenne, où elle a été directrice générale pour la migration et les affaires intérieures, conduisant les travaux relatifs au Pacte sur la migration et l’asile ainsi que la politique européenne des frontières et de sécurité extérieure. Elle a publié une policy brief sur le pacte asile et migration pour l’Institut Jacques Delors.


BRIEFING | Par Monique Pariat

Le pacte européen sur la migration et l'asile dans les starting-blocks

Adopté en mai 2024 après trois années de négociations laborieuses, le Pacte européen sur la Migration et l'Asile entre en vigueur en juin 2026. À quelques semaines de cette échéance, un bilan s'impose.

Les principaux éléments du Pacte

Avant le Pacte, le système d’asile européen faisait peser la responsabilité sur les pays d’entrée des migrants (l’Italie ou la Grèce), dans le cadre du règlement de Dublin. Le manque de solidarité et d’harmonisation des procédures ont été mises en évidence pendant les crises migratoires auxquelles l’UE a été confrontée. 

Le Pacte repose sur quatre piliers : 

  • Des procédures aux frontières extérieures plus rapides

  • Des procédures d'asile et de retour plus robustes

  • Un système de solidarité obligatoire entre États membres 

  • Une coopération renforcée avec les pays tiers

Parmi les innovations les plus marquantes figurent l'introduction d'une phase de filtrage systématique à la frontière (7 jours pour effectuer les contrôles obligatoires), une procédure accélérée limitée à 12 semaines pour les ressortissants de pays à faible taux d'acceptation (inférieur à 20 %), ainsi qu'une procédure de retour spécifique prévoyant un délai maximal équivalent. 

En contrepartie, un mécanisme de solidarité obligatoire est institué, prévoyant au minimum 30 000 relocalisations annuelles et 600 millions d'euros de contributions financières. Les règles du règlement de Dublin sont maintenues, mais révisées afin de prévenir les mouvements secondaires, tandis que des garanties substantielles en matière de droits fondamentaux encadrent l'ensemble du dispositif.

Nouveaux développements depuis l'adoption du Pacte

La difficile exécution des décisions de retour — moins de 30 % sont effectivement mises en œuvre — et  la montée des mouvements anti-migration ont conduit à un durcissement généralisé des politiques migratoires en Europe. 

La Commission Von der Leyen a rapidement complété le Pacte par trois mesures législatives : 

  • Une proposition de procédures de retour plus rapides et harmonisées (mars 2025), incluant la possibilité de plateformes de retour dans des pays tiers respectueux du droit international ; 

  • Une révision du règlement sur les procédures d'asile établissant une liste européenne de pays d'origine sûrs (avril 2025) ; 

  • Une modification du concept de “pays tiers sûr”, permettant aux États membres de déclarer irrecevable une demande d'asile lorsque le requérant aurait pu obtenir protection dans un pays tiers sûr de transit. 

En décembre 2025, le Conseil et le Parlement européen sont parvenus à un accord sur ces deux derniers textes. Bien qu'elles n'appartiennent pas formellement au Pacte, ces mesures en complètent l'architecture.

État d'avancement de la mise en œuvre par les États membres

Dans sa communication de juin 2025, la Commission relève que 26 États membres ont engagé des échanges réguliers avec elle, et que 25 ont soumis leurs plans nationaux de mise en œuvre. 

  • Font exception la Pologne, qui n'a présenté qu'une note partielle en maintenant son opposition au mécanisme de solidarité, et la Hongrie, qui a refusé tout engagement. 

  • Seuls trois États membres, la République tchèque, l'Estonie et les Pays-Bas, ont finalisé la rédaction de leur législation nationale en vue de la mise en œuvre du pacte. 

Plus préoccupant, les efforts de mise en œuvre semblent se concentrer sur le strict respect des exigences minimales de conformité, sans chercher à combler les lacunes structurelles des systèmes nationaux d'accueil. 

Le premier Rapport annuel sur la migration et l’asile, en date de novembre 2025, pointait du doigt des défis persistants, parmi lesquels des retards dans la mise à niveau d'Eurodac, la base de données qui contient les empreintes digitales des demandeurs d’asile et de protection subsidiaire, ou encore des modalités de contrôle des droits fondamentaux encore à finaliser.

L’adoption de la Réserve annuelle de solidarité

L'adoption de la Réserve annuelle de solidarité constituait le test décisif de la volonté des États membres. Il s’agit du mécanisme qui organise chaque année l’aide entre Etats membres, en termes de relocalisations, soutien opérationnel ou financier. 

L'exercice s'est avéré particulièrement délicat, dans un contexte politique défavorable aux annonces de relocalisations, et marqué par des divergences entre États membres sur la prise en compte des réfugiés ukrainiens. La Réserve, adoptée par le Conseil le 18 décembre 2025, a finalement été fixée à 21 000 relocalisations et 420 millions d'euros. 

Ces chiffres ont été réduits par rapport au moment des annonces pour tenir compte de la demi-année d'application effective en 2026. Quatre pays (Grèce, Chypre, Espagne, Italie) ont par ailleurs été reconnus comme soumis à une pression migratoire. 

Il convient aussi de noter que moins de la moitié des relocalisations ont fait l'objet d'un engagement ferme, et que deux États membres n’ont pris aucun engagement précis. En dépit de ces limites, l'adoption finale de la Réserve annuelle de solidarité constitue un signal encourageant.

Une préparation encourageante, mais des défis majeurs à relever

Des progrès indéniables ont été accomplis, mais plusieurs enjeux critiques demeurent. L'efficacité de la procédure à la frontière dépendra de la capacité à atteindre les 30 000 places requises et, surtout, à exécuter effectivement les décisions de retour. 

La mise à niveau d'Eurodac reste un prérequis technique incontournable. Les États membres réticents, à commencer par la Hongrie, fragilisent la cohérence du dispositif. La Commission devra par ailleurs assumer pleinement son rôle de gardienne des traités, en recourant si nécessaire aux procédures d'infraction. Enfin, la forte dépendance à l'égard des pays tiers pour les retours exige la conclusion d'accords de partenariat équilibrés.

Il serait illusoire d'attendre que tout soit en place dès juin 2026. La diminution de 26 % des franchissements irréguliers aux frontières extérieures en 2025, l'amélioration des outils informatiques de gestion des frontières et la perspective d'un budget migratoire de 81 milliards d'euros pour la période 2028-2034 plaident néanmoins en faveur d'un optimisme raisonné.


IN CASE YOU MISSED IT

Ce qu’il ne fallait pas manquer

HONGRIE • Péter Magyar a remporté une victoire décisive aux élections législatives hongroises, mettant fin à seize ans de pouvoir de Viktor Orbán. 

Son parti d’opposition, Tisza, obtient environ 138 des 199 sièges au Parlement, une majorité des deux tiers qui lui permet de réviser la Constitution et de s’attaquer à la mainmise de Fidesz sur la justice, les institutions publiques ainsi que les secteurs de l’éducation et de la culture.

Péter Magyar appelle à des départs aux postes clés de la Cour suprême, du Conseil judiciaire, de l’Office d’audit d’État, de l’autorité de la concurrence et de l’autorité des médias. Il assure par ailleurs que la Hongrie deviendra à nouveau un allié solide au sein de l’UE et de l’OTAN.

Magyar s’engage à une coopération pleine avec l’UE pour débloquer 18 milliards d’euros de fonds gelés en raison de lacunes de la Hongrie en matière de respect de l’État de droit, ainsi qu’à soutenir le prêt de 90 milliards d’euros de l’UE à l’Ukraine. 

ÉNERGIE • Les gouvernements européens sont engagés dans des discussions tendues avec la Commission sur l’ampleur des mesures possibles pour protéger ménages et entreprises de la flambée des prix de l’énergie provoquée par la guerre en Iran, rapporte le Financial Times.

Plusieurs États, dont l’Italie, la Pologne et l’Espagne, ont déjà réduit les taxes sur les carburants, tandis que Rome plaide pour une suspension temporaire du Pacte de stabilité et une taxe européenne sur les surprofits du secteur de l’énergie.

La Commission réclame des mesures strictement “temporaires et ciblées”, avertissant que des subventions ou baisses d’impôts trop généreuses pourraient déclencher une nouvelle crise budgétaire et relancer l’inflation après le Covid et l’Ukraine, un message relayé par la présidente de la BCE, Christine Lagarde.

Le commissaire à l’Économie Valdis Dombrovskis insiste enfin sur le fait que les conditions d’activation de la « clause dérogatoire générale » du Pacte ne sont pas réunies, celle‑ci supposant une grave récession au niveau européen.

MINERAIS CRITIQUES • L’UE et les États‑Unis avancent vers un accord sur les minerais critiques visant à harmoniser leurs modes de production et de sécurisation de ces matières premières essentielles, afin de réduire leur dépendance à des chaînes d’approvisionnement centrées sur la Chine.

Des projets de texte consultés par Bloomberg évoquent des incitations en faveur de producteurs non chinois, une coopération sur l’ensemble du cycle de vie des minerais critiques (de l’extraction au recyclage) ainsi que des outils communs tels que le stockage stratégique, les achats publics coordonnés et des mécanismes de gestion de crise, ouverts à d’autres partenaires alignés.

Cette démarche, motivée par les inquiétudes liées aux contrôles à l’exportation de Pékin et à sa position dominante dans la transformation, pourrait servir de modèle à de futurs accords. La Chine a progressivement renforcé ses restrictions sur les exportations de minerais critiques depuis 2023, en faisant un instrument central de sa politique commerciale et sécuritaire.


Les lectures de la semaine 

  • Dans une note de l’ECIPE, Fredrik Erixon et Dyuti Pandya soutiennent que le Digital Markets Act ne se contente plus d’encadrer les comportements anticoncurrentiels, mais tend de plus en plus à restructurer les marchés numériques, au risque d’un décalage avec les réalités technologiques actuelles.

  • Une note de Nicu Popescu et Alan Riley pour le European Council on Foreign Relations défend le lancement d’un programme “fast energy” visant à assurer une production d’électricité suffisamment abondante pour répondre aux besoins de l’IA.

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