Avec Péter Magyar, la Hongrie revient-t-elle en Europe ?

La Revue européenne
5 min ⋅ 20/04/2026

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L’expert de la semaine est Juraj Majcin, du European Policy Centre (EPC) à Bruxelles. Juraj est analyste en politiques publiques, spécialisé dans la sécurité et la défense européennes et transatlantiques, ainsi que dans l’industrie de défense et l’innovation. Ses analyses ont été publiées dans des médias internationaux tels que Euractiv, Newsweek, Reuters, CNN et Sky News. Il est originaire de Slovaquie. 


BRIEFING | Par Juraj Majcin

Avec Péter Magyar, la Hongrie revient-t-elle en Europe ?

La victoire de Péter Magyar aux élections législatives hongroises de 2026 a mis fin aux seize années de règne de Viktor Orbán et ouvert une fenêtre pour que la Hongrie devienne de nouveau un partenaire européen prévisible, après des années de tensions avec Bruxelles et un rapprochement toxique avec Moscou. Mais si les attentes sont élevées à Bruxelles, la réalité est plus nuancée.

Russie : rupture stratégique, continuité économique

La Russie a de facto perdu son allié politique le plus important au sein de l’UE. Pendant des années, Budapest n’était pas simplement une voix dissidente, mais un gouvernement qui sapait systématiquement la politique étrangère et de sécurité de l’UE de l’intérieur, souvent au service des intérêts de Moscou.

Cette dynamique a été clairement illustrée par de récentes fuites révélant une étroite coordination entre le ministre hongrois des affaires étrangères, Péter Szijjártó, et son homologue russe, Sergueï Lavrov. Selon ces révélations, Szijjártó a transmis des documents sensibles à Moscou et est même intervenu de manière proactive pour obtenir le retrait de certains ressortissants russes de la liste européenne des sanctions.

Magyar s’est engagé à enquêter sur ces liens et à rompre de manière décisive, sur le plan politique, avec la Russie. Son slogan de campagne, « Russes, rentrez chez vous », a marqué une rupture claire avec l’approche d’Orbán. Il a également promis de rétablir la confiance envers la Hongrie au sein de l’UE comme de l’OTAN.

Ce repositionnement pourrait permettre à l’UE d’avancer sur des mesures plus fermes, notamment des restrictions visant les entreprises qui facilitent les exportations de pétrole russe dans le cadre du vingtième paquet de sanctions, jusqu’ici bloqué par les vétos hongrois et slovaques.

Cette évolution est stratégique à un moment où la volonté mondiale de se passer du pétrole et du gaz russes s’érode, sous l’effet des tensions au Moyen‑Orient et de la fermeture du détroit d’Ormuz, tandis qu’une partie du Sud global reste réticente à rompre ces liens énergétiques.

Mais la rupture avec Moscou restera partielle sur le plan économique. Magyar a indiqué que la Hongrie continuerait à diversifier ses approvisionnements tout en maintenant des importations de pétrole et de gaz russes. Il est tout aussi improbable que Budapest renonce à sa coopération nucléaire avec Rosatom, notamment le projet d’extension de la centrale de Paks.

Cette position risque d’entrer en tension avec le nouveau règlement REPowerEU, qui organise une élimination progressive et contraignante des importations de gaz naturel russe à l’échelle de l’UE, assortie d’engagements politiques et de futures législations visant à supprimer progressivement les importations de pétrole russe et à réduire la dépendance au combustible nucléaire russe d’ici 2027.

Ukraine : moins d’obstruction, soutien limité

Si la Russie a perdu un partenaire à Budapest, l’Ukraine n’en a pas nécessairement gagné un.

La victoire de Magyar pourrait faciliter l’adoption du prêt européen de 90 milliards d’euros en faveur de Kyiv et le déblocage de plus de 6 milliards d’euros de remboursements au titre de la Facilité européenne pour la paix, dus aux États membres ayant livré des armes à l’Ukraine. La Hongrie devrait ainsi devenir un acteur moins obstructionniste dans les débats européens sur l’Ukraine.

Cependant, il ne faut pas y voir un basculement pro‑ukrainien. Magyar devrait conserver une posture prudente, sans soutien militaire direct, tout en continuant à mettre en avant la primauté des intérêts nationaux.

La Hongrie ne devrait pas non plus se transformer en ardent défenseur de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Les inquiétudes relatives aux droits de la minorité hongroise dans l’ouest de l’Ukraine restent politiquement sensibles, et la base électorale de Magyar reflète toujours ces préoccupations.

État de droit : ambition et contraintes structurelles

La question de l’État de droit demeure centrale dans la relation entre la Hongrie et l’UE. En raison de préoccupations de longue date, Bruxelles a gelé près de 17 milliards d’euros de fonds européens, dont une grande partie est conditionnée à des réformes liées à l’indépendance de la justice, à la lutte contre la corruption, au droit d’asile et à la liberté académique.

Magyar s’est engagé à reconstruire les institutions démocratiques, à renforcer les contre‑pouvoirs et à restaurer l’indépendance de la justice. Ses projets incluent des réformes constitutionnelles, l’introduction de limites de mandat pour les Premiers ministres et la création d’un office national de récupération des avoirs chargé d’enquêter sur la corruption passée et de récupérer les biens acquis illégalement. Il a également promis de restaurer la liberté des médias et de démanteler les structures de propagande d’État.

Mais la mise en œuvre sera difficile. Le système de contrôle politique et économique bâti sous Orbán est profondément enraciné dans les milieux d’affaires, les médias et les institutions publiques. Le démanteler exigera des réformes institutionnelles d’ampleur et un soutien politique solide.

Des signes précoces de tensions apparaissent déjà. Dans son discours de victoire, Magyar a appelé plusieurs hauts responsables, dont la présidente de la République et le procureur général, à démissionner, en suggérant qu’il les révoquerait dans le cas contraire. Si cela peut s’expliquer politiquement, ces déclarations soulèvent des questions sur son rapport aux limites constitutionnelles.

De même, ses mises en garde à l’égard des médias publics, qu’il menace de suspendre de l’antenne d’information à moins qu’ils ne soient « débarrassés de la propagande », pourraient déboucher sur des réformes qui, paradoxalement, mettraient à l’épreuve les principes mêmes de la liberté des médias.

Un test clé sera de savoir si Magyar réforme le système électoral hongrois, qui favorise depuis longtemps les partis dominants et a contribué à ancrer le pouvoir de plus en plus autoritaire d’Orbán. Ironie du sort, c’est ce même système qui a permis l’ascension de Magyar au pouvoir.

Et maintenant ?

Magyar et son gouvernement devraient prendre leurs fonctions au début du mois de mai.

Le futur gouvernement a déjà rencontré de hauts responsables européens pour discuter des moyens d’accélérer le rétablissement de l’accès de la Hongrie aux fonds européens gelés. Des mesures rapides sont à prévoir sur ce dossier, le déblocage de ces ressources ayant constitué l’une des principales promesses de campagne de Magyar.

Le choix de ses premières destinations à l’étranger est tout aussi révélateur. Magyar a indiqué qu’il se rendrait d’abord à Varsovie puis à Bruxelles, un signal délibéré de la volonté de la Hongrie de réparer ses relations non seulement avec l’UE, mais aussi avec la Pologne, après les années de tensions provoquées par le rapprochement d’Orbán avec Moscou.


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Ce qu’il ne fallait pas manquer

ÉNERGIE • La fermeture du détroit d’Ormuz depuis le 28 février 2026 a provoqué une crise du kérosène sans précédent en Europe, dont les stocks dépendent fortement du Moyen-Orient. 

L’Agence internationale de l’énergie a averti que le continent ne disposait plus que de six semaines de kérosène, tandis que les prix ont plus que doublé depuis le début du conflit. 

La Commission européenne devrait présenter cette semaine un paquet de mesures d'urgence : renforcement du monitoring des stocks, création d’un observatoire dédié et mécanisme de partage du kérosène entre États membres, sur le modèle des vaccins Covid-19. 

Ces mesures ont été annoncées par le commissaire européen à l’énergie, Dan Jørgensen.

En parallèle, la Commission européenne a lancé le 13 avril une consultation auprès des États membres sur un projet de cadre temporaire d’aides d'État, en réponse à la crise énergétique déclenchée par la guerre au Moyen-Orient.

Le dispositif envisagé vise en priorité les secteurs les plus exposés — agriculture, pêche, transport routier et cabotage maritime — confrontés à une hausse importante du prix des carburants et des engrais.

FMI Selon le FMI, l’Europe devrait répondre au nouveau choc énergétique par une politique budgétaire disciplinée, qui protège les plus vulnérables tout en préservant les signaux de prix et le respect des règles fiscales.

Lors de ses réunions de printemps, le FMI a exhorté les pays européens très endettés à ne pas creuser leurs déficits, tandis que les pays disposant de davantage de marge doivent malgré tout donner la priorité à la consolidation, compte tenu des pressions liées à la défense, au vieillissement démographique et à la transition verte.

Christine Lagarde a déclaré : “Toute réponse budgétaire au choc énergétique devrait être temporaire, ciblée et adaptée”, alors que l’inflation est passée de 1,9% en février à 2,6% en mars sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie. 

En 2022, les dispositifs non ciblés de soutien contre la crise énergétique représentaient en moyenne 2,5% du PIB en Europe, alors qu’une compensation intégrale des 40% de ménages les plus modestes n’aurait coûté que 0,9%, selon le FMI.

En parallèle, le FMI soutient l’idée que l’Europe renforce son union de l’énergie et son Green Deal (achèvement du marché unique de l’énergie, maintien du SEQE et accélération des interconnexions de réseau) afin de réduire durablement les coûts énergétiques et de diminuer la dépendance aux combustibles fossiles importés.


Les lectures de la semaine 

  • Julian Blum, conseiller influence européenne du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, publie une cartographie des think tanks à Bruxelles.

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