Le label Finance Europe • Mais aussi — Semestre européen, Droits des passagers, Inflation
Bonjour. Nous sommes le 10 juin et voici votre condensé utile d’actualité européenne. Suivez-nous également sur Twitter et LinkedIn. Le briefing du jour vous est proposé par Mathieu Solal, journaliste européen et cofondateur de la newsletter BLOCS.
35 000 milliards d’euros. Tel est le montant colossal de l’épargne des ménages de l’Union européenne, selon les chiffres communiqués à l’occasion du lancement, vendredi, à Paris, de Finance Europe, un nouveau label pour les produits d’épargne initié par l’Allemagne, l’Espagne, l’Estonie, la France, le Luxembourg, les Pays-bas, et le Portugal.
DRAGHI • Alors que 20 % de l’épargne de la zone euro est investie à l’étranger et que le reste est majoritairement placé sur des comptes bancaires ou d’autres produits garantis, ces sept États membres parient sur ce label pour stimuler l’investissement productif en Europe.
“Le label n’est pas un nouveau produit financier, mais un repère pour ceux qui souhaitent que leur épargne contribue de manière significative au financement des entreprises européennes”, précise Bercy.
L’objectif est d’intérêt général : selon le fameux rapport Draghi, publié l’année dernière, l’Europe devrait augmenter ses investissements de 800 milliards d’euros par an dans les domaines de la transition environnementale, du numérique et de la défense, si elle voulait que son économie reste compétitive par rapport à la Chine et aux États-Unis.
CRITÈRES SIMPLES • S’il ne constituera certainement pas une réponse à ce besoin à lui-seul, le label Finance Europe est un pas dans la bonne direction.
Il repose en effet sur trois critères assez simples. Pour qu’un actif soit éligible :
ses actifs devront être investis dans l’Espace économique européen à au moins 70 %,
il devra être prioritairement investi en actions, “pour contribuer au financement en fonds propres des entreprises européennes”
il devra “comporter une incitation à la détention de long terme, avec, par exemple, une durée minimale d’investissement de cinq ans”.
Concrètement, le label sera autodéclaré par les acteurs de marché, c’est-à-dire les banques, les assurances et les sociétés de gestion, sur la base d’un référentiel commun. Il reviendra aux autorités nationales compétentes de chacun des États membres de vérifier le respect des critères de cette étiquette européenne.
Les produits labellisés devraient par ailleurs bénéficier de régimes fiscaux avantageux, qui seront déterminés au niveau national.
Si certaines précisions techniques manquent pour l’heure à l’appel, les sept États membres se sont engagés à continuer à travailler, en étroite collaboration avec l’industrie financière, pour rendre le label opérationnel dès l’année prochaine.
BON ACCUEIL • L’initiative a globalement été bien accueillie dans le secteur financier, à l’image de la Fédération bancaire française, qui s’en est “réjouie”.
La Fédération européenne des investisseurs et des usagers des services financiers (Better Finance) n’est pas aussi enthousiaste. Si elle considère que cette ébauche de label constitue un pas dans la bonne direction, l’organisation regrette que les intérêts des épargnants ne soient pas mieux pris en compte.
“Bien que l’objectif affiché — et louable — soit de renforcer la compétitivité européenne et de canaliser l’épargne privée vers l’investissement productif, l’initiative révèle une inquiétante indifférence envers les citoyens mêmes qu’elle prétend servir”, a estimé Better Finance dans un communiqué.
Sur LinkedIn, la présidente de la commission des affaires économiques et monétaires, Aurore Lalucq (S&D, Place Publique), a pour sa part salué l’initiative.
“Un label européen constitue probablement la meilleure des solutions pour faire progresser l’union des marchés de capitaux et rapatrier notre épargne en Europe, estime-t-elle. Préférer un label à la création d’un nouveau placement présente de nombreux avantages, dont celui de ne pas bousculer les repères et les habitudes des épargnants […] Cette initiative d’un petit groupe soudé d’Etats membres va nous permettre d’avancer plus vite et bien plus concrètement aussi”.
EN ROUTE VERS L’UMC ? • Le choix de la méthode intergouvernementale de ces sept États membres — auxquels pourraient bientôt se joindre l’Italie, l’Irlande et la Hongrie — pourrait en effet permettre d’éviter les blocages qui ont ponctué l’essentiel des initiatives en faveur de l’union des marchés de capitaux (UMC) jusqu’ici.
Lancé en 2014, l’UMC avait pour vocation de surpasser les nombreux obstacles législatifs, pratiques et culturels bridant la circulation des capitaux dans l’UE.
12 ans après, le bilan est maigre. Seuls deux vrais avancées sont à noter : la mise en place d’un point d’accès unique européen, qui centralise les informations publiques financières et non financières, et celle d’une une “ bande consolidée ” qui améliore l’accès des investisseurs aux données en temps réel sur les marchés financiers.
D’autres projets plus ambitieux, comme celui de centraliser de la surveillance des marchés financiers ou celui d’harmoniser la règlementation en matière d’insolvabilité, restent pour l’heure lettre morte.
Le label Finance Europe, lancé vendredi, apparaît par ailleurs comme une alternative à une autre initiative de l’UMC : le produit paneuropéen d'épargne-retraite individuelle (PEPP). Lancé en 2022, le PEPP a été ignoré par l’industrie financière, qui critique sa complexité.
En mars, la Commission européenne a publié sa stratégie pour la création d'une ‘Union de l'épargne et de l'investissement’.
Celle-ci vise, notamment, à relancer les chantiers de l’UMC, avec, au programme, un réexamen du PEEP, et un accent mis sur l’intégration des marchés et la supervision.
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Ecrite à quatre mains par deux frères journalistes, Mathieu Solal et Clément Solal, BLOCS analyse chaque semaine les développements politiques, économiques et juridiques qui façonnent les dynamiques commerciales.
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SEMESTRE EUROPÉEN • Le 4 juin, la Commission européenne a publié ses recommandations par pays (RPP) dans le cadre du Semestre européen, un exercice annuel de coordination des politiques économiques, budgétaires, sociales et de l'emploi au sein de l'Union européenne.
Il s’agit de la première application complète des nouvelles règles budgétaires entrées en vigueur le 30 avril 2024.
Parmi les huit pays sous procédure de déficit excessif (PDE), six (la France, l’Italie, Malte, la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie) voient leurs efforts reconnus : “aucune mesure supplémentaire n’est nécessaire à ce stade” estime la Commission.
À l’inverse, la Belgique doit corriger sa trajectoire budgétaire, jugée trop laxiste. De plus, la Commission recommande que l’Autriche — pourtant membre des “Frugal Four” avec le Danemark, les Pays-Bas et la Suède — fasse l’objet d’une procédure de déficit excessif (PDE) en raison d’un dérapage budgétaire attribuable à sa récente instabilité politique.
La Roumanie, déjà sous PDE depuis 2020, est sévèrement rappelée à l’ordre. La Commission demande au Conseil de constater l’absence de mesures efficaces et envisage une suspension de fonds européens.
Les recommandations doivent encore être adoptées à la majorité qualifiée au Conseil ECOFIN après approbation du Conseil européen. Les pays finalement concernés devront respecter une trajectoire de référence sous peine de sanctions.
Par ailleurs, la Commission a également annoncé, le même jour, que la Bulgarie — candidate depuis 2007 — était prête à rejoindre la zone euro. La décision finale est attendue le 8 juillet, lors de l’Eurogroupe, pour une entrée effective le 1er janvier 2026.
VOLS EN RETARD • Après 12 ans de négociations (un vol sacrément en retard !), les ministres européens des transports se sont accordés sur une réforme des droits des passagers aériens.
Désormais, il faudra attendre quatre heures de retard (contre trois actuellement) pour pouvoir réclamer une indemnisation sur les vols court-courriers, et six heures pour les long-courriers. L’indemnité sera légèrement augmentée pour les vols courts (de 250 à 300 €), mais diminuée pour les longs (de 600 à 500 €).
Cette révision marque un tournant pour les droits des passagers européens. Le compromis adopté reflète un arbitrage entre protection des consommateurs et demandes des compagnies aériennes, qui plaidaient pour plus de flexibilité afin de limiter les annulations.
Airlines for Europe (A4E), représentant plusieurs grands groupes, a salué une avancée qui permettrait selon elle d’éviter l’annulation de millions de vols par an.
Plusieurs États membres, dont l’Allemagne et l’Espagne, se sont opposés pendant les discussions à l’augmentation du délai-seuil avant indemnisation. Des eurodéputés allemands (PPE) ont déclaré regretter un “pas dans la mauvaise direction”.
Le règlement révisé doit encore faire l’objet de négociations entre le Conseil et le Parlement avant de pouvoir être adopté.
INFLATION • Le 5 juin, la Banque centrale européenne a abaissé ses trois taux directeurs de 25 points de base. Il s’agit de la huitième fois en un an.
Le taux de dépôt passe de 2,25 % à 2,00 %, le taux des opérations principales de refinancement à 2,15 %, et le taux de la facilité de prêt marginal à 2,40 %. Ces ajustements entreront en vigueur le 11 juin 2025.
La BCE a également révisé à la baisse ses prévisions d’inflation : 2,0 % en 2025 (contre 2,3 % précédemment), 1,6 % en 2026, pour revenir à 2,0 % en 2027. Cette révision s’explique notamment par la contraction des prix de l’énergie et le renforcement de l’euro.
En parallèle, les prévisions de croissance de la zone euro restent modestes : +0,9 % en 2025 (inchangé depuis mars), mais ralentit à +1,1 % en 2026, contre +1,2 % anticipé auparavant.
La montée des incertitudes commerciales liées aux droits de douane américains, selon la BCE, freine le rebond économique.
Dans une chronique pour Project Syndicate, Daniela Schwarzer écrit sur « la fin de la complaisance allemande ».
Dans le Financial Times, Adam Tooze déplore l’inefficacité des dépenses de défense européennes, pointant un “scandale” dans le décalage entre les investissements consentis et les résultats obtenus. Il estime que les achats conjoints seront essentiels pour éviter que les milliards d’euros supplémentaires investis dans la défense ne soient gaspillés.
Cette édition a été préparée par Augustin Bourleaud, Mathieu Solal, Léopold Ringuenet, Thomas Veldkamp et Maxence de La Rochère. À la semaine prochaine !