Bonjour. Nous sommes le 12 janvier et voici la Revue européenne de What’s up EU, votre condensé utile d’actualité européenne. Suivez-nous également sur LinkedIn.
Dans le cadre d’un nouveau partenariat éditorial, vous retrouverez désormais des chroniques signées par les experts de l’Institut Montaigne dans What’s up EU.
BRIEFING | Par François Chimits
François Chimits est responsable de projets Europe à l'Institut Montaigne. Il est spécialiste des enjeux de sécurité économique, de la politique commerciale de l’UE et du triangle UE-États-Unis-Chine. Il a auparavant travaillé pour le Mercator Institute for China Studies (MERICS) à Berlin et à Bruxelles et à la Direction générale du Trésor à Singapour, Pékin, et Paris.
Un mois avant l’enlèvement de Nicolas Maduro et le renouvellement des menaces de conquête du Groenland, la Commission européenne publiait une communication sur le “renforcement de la sécurité économique” de l’UE.
Attendue depuis plus d’un an, ce qui avait été assigné au Commissaire au commerce et à la sécurité économique dans sa lettre de mission comme une doctrine s’avère être une mise à jour de la “stratégie” de 2023. Loin du feu et de la fureur américains, la stratégie européenne risque de marquer le pas face à un monde qui s’emballe.
Ce nouveau un plan de travail met en cohérence les nombreuses initiatives en cours, en confirme quelques nouvelles et préfigure une inflexion de certains instruments. Si ce vaste tour d’horizon est structuré autour de six zones de risques élevés, il faudra repasser en matière de priorisation des efforts, pourtant demandée par des observateurs avisés.
Pas la dimension la plus médiatique, la communication investit fortement les enjeux de notre organisation collective en matière de gouvernance et de digital.
Sont abordés en détail à la fois la gouvernance de l’UE à 27 et le partage de l’information, y compris avec le secteur privé. Ces dimensions sont essentielles à une appréhension de qualité d’un sujet singulier par son ubiquité.
La Commission propose donc de développer un système d’information classifié autour d’un Réseau de la sécurité économique associant les États membres.
Ce réseau serait adossé à un Centre d’information en matière de sécurité économique et un groupe rassemblant des représentants du secteur marchand, précieux à ces discussions souvent à forte teneur technique.
Autre nouveauté notable, quoi que plus attendue, l’inclusion pleine et entière des enjeux numériques. A l’heure où la totalité de notre économie dépend de ces outils, cela était pour partie déjà à l’œuvre en pratique.
Les inflexions concrètes sont donc plus de l’ordre de la confirmation d’orientations récentes — mise en œuvre de standards de cyber-sécurité, préférences envers certains produits européens et soutiens nouveaux aux semi-conducteurs et au quantique — que de la rupture.
Dans le même registre d’annonces préexistantes confortées par cet objectif de sécurité économique, les priorités du second mandat d’Ursula von der Leyen figurent en bonne place :
Préférence européenne pour des produits critiques.
Conditionnements pour les investissements étrangers à la valeur effectivement apportée au continent.
Exclusion des “partenaires à risque” des programmes industriels et de recherche.
Intégration formelle des politiques commerciales et de concurrence à la sécurité économique.
Développement/maintien d’un leadership dans certains technologies critiques.
Soutien aux capacités industrielles de défense.
Des nouvelles initiatives apparaissent bien dans le document, mais le plus souvent sous la forme d’étude sur l’opportunité de nouveaux outils et de guide de bonnes pratiques, aux implications plus incertaines à moyen terme.
Ce joli panorama ne doit pas faire perdre de vue que, malgré les multiples réformes entreprises, la sécurité économique européenne est plus précaire aujourd’hui qu’en 2023.
Nos dépendances sont plus importantes, notre empreinte dans les domaines critiques plus précaire, tandis que nos partenaires sont plus fréquemment disposés à la coercition et toujours plus investis dans la réduction des leurs.
Et la communication de la Commission témoigne en creux de nos lourdeurs.
Les standards de sécurité économique et les nouveaux partenariats pour sécuriser certains approvisionnements sont de nouveau évoqués, sans n’avoir connu ni avancée ni renouvellement de l’approche. Idem pour les partenariats en format G7.
Encore invoquée, la capacité des Européens à répondre fermement à des coercitions économiques étrangères, toujours à l’agenda, reste toujours à démontrer.
La relative lenteur de nos réactions face à l’amplification des menaces s’explique par deux facteurs hors de portée de la Commission : les coûts économiques et politiques supplémentaires que nous sommes prêts à y consacrer ; la distribution de ceux-ci et des risques afférents entre Européens.
La Commission rappelle bien que les Européens “vont devoir être prêts à accepter des coûts économiques au profit de la réduction de leurs vulnérabilités”. Cependant, à la fin des fins, c’est aux États membres et à leurs gouvernements de régler les factures et de porter les risques. Et entre difficultés économiques, tensions budgétaires et polarisation politique, les arbitrages n’ont rien de simple.
Accaparés par les enjeux urgents de défense et du soutien à l’Ukraine, les dirigeants européens ont traînent des pieds sur la sécurité économique, aussi bien sur les ressources budgétaires et administratives nécessaires à sa poursuite que sur les prérogatives à éventuellement mettre en commun.
Certaines urgences derrière nous, espérons que contrairement au document de 2023, les chefs d’État européens s’approprient pleinement les orientations de celui-ci pour nous donner les moyens de notre sécurité dans ce monde hélas toujours plus menaçant.
Sans une action décisive, la Commission sera condamnée à des panoramas de nos insuffisances, et les Européens à la “lente agonie” sur le front géopolitique que Mario Draghi craint déjà pour l’économie.
Un message de notre partenaire commercial, Agriculture Circulaire
Agronome indépendant, Olivier Rey décrit comment la ferme du Clos Bernard transforme la laine de mouton, privée de débouchés, en ressource stratégique pour ses vergers et ses cultures.
Quand le marché japonais de la laine s’effondre, la ferme perd son débouché et doit trouver une solution locale. Les brebis Shropshire entretiennent les pommiers, limitent les maladies et les ravageurs, tandis que leur laine, mélangée à la luzerne, devient un paillis qui retient l’eau, nourrit le sol et abrite des auxiliaires.
Dans un contexte de marchés instables, de hausse du coût de l’énergie et de tensions sur les matières premières, cette synergie élevage–verger–grandes cultures incarne une bioéconomie territoriale. Elle renforce l’autonomie, réduit les intrants et rend le modèle agricole plus viable et désirable.
Pour découvrir ce modèle d’avenir et les initiatives qui le portent, rendez-vous sur le site agriculture-circulaire.fr.
IN CASE YOU MISSED IT
MERCOSUR • Le 9 janvier, le Conseil de l’UE — qui représente les gouvernements des États membres — a donné son feu vert à la signature de l’accord de libre-échange UE-Mercosur.
Le vote se tenait à la majorité qualifiée, ce qui signifie qu’au moins 15 États membres sur 27, représentant 65% de la population de l’UE, ont voté en faveur. La France, la Pologne, la Hongrie et l’Autriche auraient voté contre, tandis que la Belgique se serait abstenue, d’après le Financial Times.
En décembre, le gouvernement italien avait obtenu un report du vote, demandant plus de temps pour se positionner. Rome s’est finalement rangée du côté des États favorables, faisant basculer le Conseil en faveur de l’accord.
Dans les jours qui ont précédé le vote, la Commission européenne a sorti le grand jeu pour convaincre les États encore hésitants — en particulier l’Italie.
Elle a notamment proposé de laisser aux gouvernements la possibilité de mobiliser jusqu’à 45 milliards d’euros en faveur des agriculteurs dans le prochain budget de long terme de l’UE (2028-2034), en réaffectant une partie d’une réserve budgétaire initialement présentée comme un “fonds de crise” destiné à répondre à de futurs chocs géopolitiques, économiques ou sanitaires.
Ursula von der Leyen doit désormais se rendre au Paraguay pour signer l’accord. Mais ce n’est pas à ce moment-là que le texte sera juridiquement conclu par l’UE.
Le Conseil a autorisé Ursula von der Leyen à signer deux accords distincts avec le Mercosur :
Le premier couvre les aspects strictement commerciaux. La politique commerciale relevant d’une compétence exclusive de l’UE, cet accord devra ‘uniquement’ être approuvé par le Parlement européen (à la majorité simple) : il sera alors réputé conclu par l’UE.
Le second porte sur des compétences partagées avec les États membres (comme l’environnement, les transports et certains aspects des investissements à l’étranger). Cet accord devra être approuvé par le Parlement européen, mais aussi ratifié individuellement par chacun des États membres selon leur procédure nationale — ce qui implique, le plus souvent, un vote du parlement national. L’accord sera alors réputé conclu par l’UE.
À noter enfin que si un État membre ne parvient pas à ratifier l’accord relevant des compétences partagées, l’accord purement commercial pourra malgré tout continuer de s’appliquer.
Malgré le feu vert du Conseil, le processus est donc encore loin d’être terminé.
INFLATION • En décembre, l’inflation en zone euro est tombée à 2,0%, contre 2,1% en novembre, selon Eurostat. C’est la première fois depuis l’été qu’elle atteint les 2%, qui constituent l’objectif de la BCE.
L’inflation sous-jacente (c’est-à-dire hors énergie et alimentation, dont les prix sont par nature très volatiles) est tombée à 2,3%, après 2,4% en novembre. Les services ont reculé légèrement à 3,4%, après avoir atteint en novembre leur plus haut niveau depuis avril.
La BCE a maintenu son taux directeur à 2% en décembre. C’est la quatrième réunion consécutive sans changement.
Selon le gouverneur de la Banque du Portugal, Alvaro Santos Pereira, la BCE “a fait son travail” et il n’y a aucune raison de changer les taux tant que l’inflation reste proche des 2%.
La majorité des économistes interrogés par le Financial Times ne s’attend pas à une baisse de taux cette année.
L’inflation dans les services — qui reste relativement élevée — devrait cependant garder la BCE sur ses gardes.
Les économistes Philippe Aghion, Antonin Bergeaud, Gilbert Cette et Xavier Jaravel répondent à Gabriel Zucman dans une tribune au Monde consacrée au décrochage de l’UE vis-à-vis des Etats-Unis.
Pour le FT, Laure Dubois interroge la capacité de l’UE à réguler les flux migratoires.
Merci pour votre lecture et à la semaine prochaine !