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Le Briefing
Les élections européennes sont le début d’intenses négociations qui détermineront les grandes orientations des institutions européennes pour le mandat à venir. À ce titre, une véritable “deuxième campagne” a débuté dès le lendemain des élections.
Emmanuel Macron, Giorgia Meloni et Olaf Scholz ont probablement entamé les négociations au sommet du G7 en Italie la semaine dernière © G7
G7 • D’ici la fin du mois, les chefs d’Etat et de gouvernements européens espèrent s’être accordés sur la répartition des rôles clés au sein des institutions européennes.
Un dîner informel aura lieu aujourd’hui à Bruxelles. Il est probable qu’Emmanuel Macron, Giorgia Meloni et Olaf Scholz aient déjà commencé les négociations lors du sommet du G7 en Italie la semaine dernière.
Des rumeurs indiquent qu’un consensus est en train d’émerger autour des quatre candidats suivants : Ursula von der Leyen pour un second mandat à la tête de la Commission européenne, l’ancien premier ministre socialiste António Costa pour la présidence du Conseil européen, la maltaise Roberta Metsola à la tête du Parlement européen, et l’estonienne Kaja Kallas en tant que cheffe de la diplomatie européenne.
Prudence : pour le moment, rien n’est certain — et les négociations précédentes nous ont montré que des changements de dernière minute sont possibles.
URSULA • Malgré l’incertitude, les chances qu’Ursula von der Leyen obtienne un second mandat n’ont jamais été aussi élevées.
D’une part, les résultats des élections européennes ont été favorables au Parti populaire européen (PPE, centre-droit), auquel appartient l'Allemande. D’autre part, Emmanuel Macron, qui avait suggéré d’autres noms pour la présidence de la Commission, est affaibli au niveau domestique et occupé par une campagne éclair pour les législatives.
Le président français pourrait avoir intérêt à finaliser ces négociations les négociations avant les élections législatives en France, dans le but de sécuriser une issue qui lui convient. Autre possibilité, il pourrait les utiliser pour montrer qu’il n’est pas totalement aligné avec Ursula von der Leyen — pendant la campagne des européennes, les Républicains et le Rassemblement National lui ont reproché sa proximité avec la présidente de la Commission.
La situation géopolitique, marquée par la guerre en Ukraine et un possible retour de Donald Trump, joue également en faveur de von der Leyen. “Les chefs d’Etat veulent de la stabilité à la tête de la Commission. Il est donc probable qu’il y ait ce soir une fumée blanche”, explique François Beaudonnet, en référence au dîner informel se tenant ce 17 juin.
OUI, MAIS… • Le Conseil européen n’est pas le seul à décider du sort d’Ursula von der Leyen. Si le président de la Commission européenne est proposé par ce dernier, le candidat doit ensuite recevoir l’aval du Parlement européen (votant à la majorité).
La coalition centriste du PPE, sociaux-démocrates (S&D) et Renew (libéraux) — qui avait soutenu Ursula von der Leyen en 2019 — maintient sa majorité au Parlement mais (i) elle est affaiblie et (ii) plusieurs partis (comme les Républicains et les libéraux allemands) ont exprimé d’importantes réserves vis-à-vis de la candidature d’Ursula von der Leyen. En 2019, le vote s'est joué à 9 voix.
L’ancienne ministre d’Angela Merkel doit donc chercher des soutiens ailleurs. Et sur ce point, elle fait face à un dilemme :
L’ECR ? Une alliance avec certains partis de l’ECR (à la droite du PPE) risquerait de coûter à von der Leyen le soutien de certains leaders (et partis) européens, y compris le socialiste Olaf Scholz. La semaine dernière, l’ancien président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a conseillé à von der Leyen de ne pas “étendre la majorité aux partis d’extrême droite”.
Les Verts ? En allant chercher des voix auprès des Verts, Ursula von der Leyen pourrait s’aliéner une partie de son propre groupe politique, le PPE, qui dénonce depuis un an le trop-plein de normes environnementales au niveau européen (et souhaite par exemple revenir sur la fin des voitures thermiques en 2035).
Les résultats des Verts aux élections européennes ont été pour le moins décevants : ils ont perdu 20 sièges et ne comptent à présent plus que 53 eurodéputés. Selon la présidence des Verts, le groupe serait donc prêt à faire d’importantes concessions afin de continuer à pouvoir influencer le travail de la Commission et d’éviter que la majorité ne penche à droite.
PARLEMENT • Du côté du Parlement européen, les négociations au sein des différents groupes politiques ont débuté. Ces discussions visent à déterminer la composition des groupes politiques, l’identité de leurs leaders et la répartition des postes parlementaires au sein des (et entre les) différents groupes.
Concernant la composition des groupes parlementaires, le groupe Identité et Démocratie (ID, groupe le plus à droite de l’hémicycle) continue de courtiser l’ECR de Giorgia Meloni, dans l’objectif de créer un “super groupe” d’extrême droite.
Plus facile à dire qu’à faire : pour le moment, l’alliance n’est pas à l’ordre du jour pour l’ECR. Plusieurs partis y sont réticents, et certains estiment que de meilleurs gains pourraient être obtenus ailleurs — c’est le cas des Frères d’Italie de Meloni, qui sont également courtisés par von der Leyen. En échange d’un soutien à von der Leyen, la première ministre européenne pourrait demander un portefeuille influent pour le futur commissaire européen italien.
Si l’on regarde les présidents des groupes politiques, les résultats des élections pourraient apporter leur lot de changements. En général, c’est le parti qui fait le meilleur score aux élections au sein d’un groupe politique qui est amené à prendre la présidence.
Renew : la française Valérie Hayer, présidente du groupe, pourrait être remplacée suite au mauvais score de Renaissance.
S&D : c’est l’espagnole Iratxe Garciá (Parti socialiste ouvrier espagnol, PSOE) qui dirigeait les sociaux-démocrates ces dernières années. Elle pourrait elle aussi être remplacée, car les socialistes italiens ont fait un meilleur score à ces européennes, remportant 21 sièges au total.
PPE : la CDU/CSU allemande reste le plus grand parti du groupe au sortir de ces élections. Manfred Weber devrait donc être reconduit.
Verts : les Verts ont une co-présidence paritaire (un homme et une femme). Terry Reintke (Allemagne) et Philippe Lamberts (Belgique) dirigeaient jusqu’à présent le groupe. Mais la performance remarquée du néerlandais Bas Eickhout pendant la campagne, ou encore l’arrivée chez les Verts du lituanien Virginijus Sinkevičius, commissaire à l’environnement sortant, pourrait changer la donne.
LA SUITE • Les chefs d’Etat et de gouvernements européens se rassembleront pour un Conseil européen les 27 et 28 juin, pendant lequel ils définiront l’agenda stratégique pour la période 2024-2029. Ils espèrent aussi s’accorder sur les “top jobs”, même si un consensus pourrait déjà émerger ce soir.
Concernant le Parlement, les groupes politiques se réuniront d’ici le début du mois de juillet pour élire leur présidence.
La composition des groupes politiques pourra encore évoluer jusqu’à la mi-juillet, avant la plénière constitutive qui s’ouvrira le 16 juillet et verra l’élection du président du Parlement — en fonction de l’avancée des négociations, les eurodéputés pourraient également déjà se prononcer sur les orientations pour 2024-2029 ou le candidat à la présidence de la Commission européenne proposé par le Conseil européen.
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Inter Alia
CHINE • La Commission européenne a annoncé une forte augmentation des droits de douane sur les véhicules à batteries électriques produits en Chine. Les droits seront effectifs le 4 juillet, en cas d’absence de réponse des autorités chinoises à la “notification préalable” de la Commission.
Les droits de douane dépendent de chaque producteur. Ils vont de 17,4% BYD à 38,1% pour SAIC. Les producteurs chinois qui ont coopéré à l’enquête antisubvention lancée par la Commission en octobre 2023 se verront appliquer un droit de douane moyen pondéré de 21% contre 38,1% pour ceux qui n’ont pas coopéré.
Les véhicules électriques font actuellement l’objet de droits de douane de 10% en Europe. La part de marché des marques chinoises a fortement augmenté ces dernières années. En ajoutant les joint-ventures de BMW et Renault avec des partenaires chinois et les véhicules Tesla produits en Chine, on arrive à environ 20% selon les chiffres de Rhodium Group.
La décision était soutenue par la France ou l’Espagne. L’Allemagne, la Suède (Volvo est la propriété du chinois Geely) ou encore la Hongrie s’y sont opposées, voyant le risque d’une guerre commerciale avec la Chine. Le porte-parole de la Chancellerie allemande a déclaré espérer arriver à une solution à l’amiable avec la Chine d’ici le 4 juillet.
Les Etats-Unis ont récemment augmenté les droits de douane sur les véhicules électriques importés de Chine à 100%. Certains en Europe pointent également du doigt le coût pour la transition énergétique d’une telle mesure — l’augmentation des prix de ces véhicules pouvant freiner leur adoption.
HONGRIE • Le 13 juin, la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) a condamné la Hongrie pour ne pas avoir exécuté un de ses arrêts concernant la politique migratoire de l’Union européenne.
Le timing est politiquement chargé : à seulement deux semaines du début de la présidence hongroise du Conseil de l’UE, la Hongrie est condamnée à payer une amende forfaitaire de 200 millions d’euros, avec astreinte d’un million d’euros par jour de retard.
Cette condamnation fait suite à un premier arrêt de la CJUE de décembre 2020 exhortant la Hongrie à respecter ses obligations légales en matière de politique migratoire. Considérant que la Hongrie ne se conformait toujours pas à l’arrêt de 2020, la Commission européenne a introduit un nouveau recours en manquement.
Le couperet de la CJUE est tombé : la Hongrie n’a toujours pas pris les mesures nécessaires pour appliquer l’arrêt, notamment en ce qui concerne l’accès à la procédure de protection internationale, le droit des demandeurs de cette protection de rester en Hongrie dans l’attente d’une décision définitive sur leur recours contre le rejet de leur demande, et l’éloignement des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier.
“Ce manquement, qui consiste à éluder délibérément l’application d’une politique commune de l’Union dans son ensemble, constitue une violation inédite et exceptionnellement grave du droit de l’Union”, explique la Cour dans un communiqué de presse.
La Cour ajoute que la politique migratoire actuelle de la Hongrie constitue “une atteinte grave” au principe de solidarité et de partage équitable de responsabilité entre les Etats membres.
Si le gouvernement hongrois refuse de payer l'amende, son montant pourra être déduit de sa part du budget européen.
DRAGHI • A l’occasion de la remise du prix Charles Quint par le roi d’Espagne Felipe VI au monastère de Yuste le 14 juin, Mario Draghi a prononcé un discours en faveur d’une stratégie industrielle européenne.
L’ancien président de la BCE et du Conseil des ministres italien a été chargé par la Commission de préparer un rapport sur la manière dont l'UE peut lutter contre l’écart compétitif qui se creuse entre le continent et les Etats-Unis et la Chine. Son discours laisse penser que son rapport, qui sera publié en juillet, sera un plaidoyer en faveur d’une politique industrielle plus interventionniste.
Il a ainsi appelé de ses vœux le développement d’une "véritable politique économique extérieure" et de mesures luttant contre la concurrence déloyale.
Parmi ces dernières, il propose l’introduction de clauses "Buy European" dans les marchés publics, l’utilisation "des subventions et des droits de douane pour compenser les avantages déloyaux créés par les politiques industrielles et les dévaluations des taux de change réels à l'étranger", ainsi que la création d'entreprises paneuropéennes capables de rivaliser avec les géants américains et chinois.
Mario Draghi a également insisté sur la nécessité de réduire le prix de l’énergie, qui constitue "un désavantage concurrentiel majeur" pour les entreprises européennes.
Il a également exhorté l’Union à surmonter les problèmes liés à l'absence d'une autorité centrale en matière de dépenses, en améliorant la coordination des politiques de marchés publics et en explicitant les exigences en matière de contenu local pour les produits fabriqués dans l'UE.
UKRAINE • Le G7 est parvenu à un accord sur l’utilisation des profits issus des actifs gelés russes. L’Ukraine devrait recevoir un prêt de 50 milliards d’euros de la part des membres du G7 — prêt qui sera remboursé grâce à l’argent issu des actifs gelés russes. Les détails de l’accord doivent encore être définis.
L’accord est intervenu après que les États membres du G7 — l'Italie, la France et l'Allemagne — se sont opposés à la proposition américaine suivante : un prêt des Etats-Unis que l’UE aurait remboursé via l’argent provenant des actifs gelés russes.
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Nos lectures de la semaine
Le chroniqueur du FT Janan Ganesh écrit sur "le véritable piège à touristes” dans lequel est tombé l’Europe : “le continent reçoit trop d'attention de la part du monde pour réaliser à quel point il est dépassé".
Pour Bruegel, Marco Buti et Marcello Messori rappellent les sujets économiques majeurs auxquels la nouvelle Commission devra faire face.
Cette édition a été préparée par l’équipe de What’s up EU, notamment Luna Ricci, Elisa Zevio et Maxence de La Rochère. À la semaine prochaine !
