L'UE parviendra-t-elle à s'accorder sur un budget avant le prochain marathon électoral européen ?

La Revue européenne
5 min ⋅ 29/06/2026

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L’expert de la semaine : Matthieu Benoist est directeur affaires publiques et relations média chez FTI Consulting à Bruxelles, qu’il a rejoint après avoir travaillé chez Brunswick et Deloitte. Cet article n’engage que son auteur.


BRIEFING | Par Matthieu Benoist

L'UE parviendra-t-elle à s'accorder sur un budget avant le prochain marathon électoral européen ?

L'Union européenne a lancé les négociations sur son budget de long terme pour 2028-2034. Les divisions sur la taille de l'enveloppe, le remboursement de la dette et les nouvelles taxes menacent de paralyser Bruxelles à l'approche d'un cycle électoral périlleux fin 2026 et en 2027 dans plusieurs États membres.

Le prochain budget de long terme de l'Union européenne, le cadre financier pluriannuel (CFP), est entré dans sa phase politique, et les lignes de fracture sont tracées. Alors que la Commission européenne propose un paquet de près de 2 000 milliards d'euros (1 760 milliards d'euros en prix de 2025), le commissaire Valdis Dombrovskis a reconnu cette semaine que parvenir à un accord ne sera pas facile.

Une « no-go box »

Le CFP fait intervenir : (i) la Commission, qui propose le projet de CFP ; (ii) les États membres réunis autour de la table du Conseil de l'UE, qui l'adoptent, mais à l'unanimité seulement ; (iii) et le Parlement, qui doit donner son approbation au préalable, en approuvant ou en rejetant le CFP dans son ensemble, sans pouvoir l'amender. En pratique, l'ensemble du CFP est négocié et validé politiquement au niveau du Conseil européen (chefs d'État et de gouvernement), compte tenu de son importance.

Le traditionnel affrontement budgétaire entre contributeurs nets et bénéficiaires nets a repris de plus belle. Chypre, qui assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l'UE, a tenté un compromis ce mois-ci avec une proposition de « negobox » qui amputerait le budget CFP de 2 %. La tentative n’a pas fait long feu.

Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson a déclaré que l’enveloppe budgétaire proposée était « tout simplement inacceptable », tandis que le ministre néerlandais des finances Eelco Heinen y a vu une « no-go box » qui finance « les priorités d'hier » (trad.). Le chancelier allemand Friedrich Merz reste fermement opposé au niveau de financement proposé, excluant toute nouvelle dette commune ou taxe sur les entreprises.

Pendant ce temps, le Parlement européen tire dans le sens inverse. Les eurodéputés réclament une hausse de 10 % et bloquent les négociations sur les textes sectoriels tant que les États membres ne se seront pas accordés sur les grands montants. Cela pourrait repousser les négociations formelles jusqu'en 2027. Les eurodéputés s'opposent aussi aux nouveaux plans de partenariat nationaux, un modèle de « financements contre réformes » qui, selon le Parlement, risque d'entraîner une  renationalisation du budget européen et une perte de contrôle démocratique.

La bataille de la compétitivité

Au cœur du nouveau CFP se joue une lutte de pouvoir à 400 milliards d'euros autour de l'agenda d'innovation de l’UE. La Commission veut fusionner divers instruments dans un nouveau Fonds européen pour la compétitivité (FEC), qui fonctionnerait aux côtés du programme de recherche Horizon Europe.

La proposition de FEC se heurte toutefois à une fronde de 13 États membres du Sud et de l'Est. Ces pays craignent que le fonds ne profite de manière disproportionnée aux géants industriels français et allemands, et réclament une « dimension paneuropéenne » pour garantir l'équité géographique. La France, à l'inverse, voit dans le FEC un outil essentiel pour soutenir des secteurs stratégiques comme le nucléaire, l'IA et la défense — tout en défendant bec et ongles son allocation annuelle de 9,5 milliards d'euros au titre de la politique agricole commune (PAC).

Reports de dette et menaces fiscales

Trouver l'argent s'avère aussi sujet à débat que le dépenser. À partir de 2028, l'UE devra commencer à rembourser les 25 milliards d'euros de coût annuel de sa dette post-Covid NextGenerationEU.

Une coalition menée par la France, l'Italie et l'Espagne, avec le soutien du président du Conseil européen António Costa, plaide pour un rééchelonnement de la dette afin de dégager des marges budgétaires pour la défense et la compétitivité. 

Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a même évoqué l'idée d'un Trésor européen unique pour concurrencer le dollar américain. Les tenants de la rigueur budgétaire s'opposent, naturellement, à tout report du calendrier de remboursement.

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a également averti que, sans nouvelles ressources propres de l'UE (c'est-à-dire de nouvelles sources de recettes telles que des taxes au niveau européen), le budget pourrait subir une coupe de 40 %, une déclaration que certains diplomates ont balayée comme de la « propagande ». 

Pourtant, António Costa a chargé la future présidence irlandaise du Conseil de l'UE d'accélérer les travaux sur des prélèvements visant les cryptomonnaies, les services numériques et les jeux d'argent, en vue de parvenir à un accord d'ici octobre.

Le défi électoral

Les négociations sont compliquées par un calendrier électoral chargé. La Suède est confrontée à un scrutin à haut risque plus tard cette année, suivi d'élections décisives en France, en Espagne, en Pologne et en Italie en 2027. Ces pressions politiques internes rendent plus difficile, pour les gouvernements, tout engagement sur des compromis budgétaires.

António Costa tient donc à boucler un accord d'ici décembre 2026. Une négociation qui s'éternise risque de transformer le budget de l'UE en cible populiste, en particulier en France, où une victoire de l'extrême droite pourrait conduire Paris à réduire ses contributions et à faire dérailler complètement les négociations.

Les capitales résistent pourtant à la pression pour l'instant. Les pays frugaux comme les « Amis de la cohésion » refusent de se laisser enfermer dans des calendriers artificiels. L'Irlande, qui prendra la présidence du Conseil au second semestre 2026, se retrouve ainsi à réaliser un délicat numéro d'équilibriste : négocier un accord assez ambitieux pour Bruxelles, mais suffisamment sobre pour survivre à un cycle électoral 2027 difficile.


Un message de notre partenaire, Allianz France

L'eau, une denrée rare ?

Au moins 30% du territoire français fait l'objet de restrictions d'eau presque chaque année, malgré des épisodes pluvieux records (comme les 40 jours consécutifs enregistrés cet hiver).

Un paradoxe qui s'explique notamment par des sols asséchés qui laissent l'eau ruisseler sans s'infiltrer. Les nappes phréatiques se reconstituent moins, réduisant les réserves disponibles.

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IN CASE YOU MISSED IT

Ce qu’il ne fallait pas manquer

PORTIQUES DE L’ENFER • Le directeur général d'Aeroporti di Roma averit dans le Financial Times que les aéroports romains devront suspendre les nouveaux contrôles biométriques européens pour éviter un « désastre » estival, situant son niveau inquiétude à « huit ou neuf » sur 10.

Le système d'entrée/sortie (EES), pleinement opérationnel depuis le 10 avril 2026, enregistre empreintes, image faciale et dates d'entrée et de sortie des voyageurs non européens, en remplacement du tampon sur le passeport. Les aéroports dénoncent des bornes automatiques défaillantes et le réenregistrement complet des voyageurs déjà inscrits, sources d'engorgement.    

La Commission assure que le dispositif « fonctionne bien » et rappelle que les États peuvent suspendre la collecte biométrique six heures d'affilée durant l'été.  L'Iata redoute malgré tout des attentes de six heures.

DASSAULT • Le Tribunal de l'Union européenne a annulé, le 24 juin 2026, l'exclusion de la fabrication d'avions d'affaires de la taxonomie verte, offrant à l'avionneur français Dassault Aviation une victoire de poids dans l'affaire T-77/24

La taxonomie — le classement européen des activités durables — oriente les investisseurs, et en être exclu peut peser sur l'accès d'un secteur au financement. 

Le Tribunal juge que la Commission « ne pouvait fonder son appréciation sur le critère de l'empreinte de CO2 par passager-kilomètre », non prévu par le règlement et lié à l'exploitation des aéronefs plutôt qu'à leur fabrication, négligeant aussi leur aptitude aux carburants durables. 

La Commission dispose de deux mois et dix jours pour faire appel devant la Cour de justice ; elle étudie ses options.

MONTAIGNE • L'Institut Montaigne a publié, le 25 juin 2026, un bilan de la mise en œuvre du rapport Draghi : environ 30 % de ses 567 recommandations ont été appliquées depuis septembre 2024.  

Un peu de contexte : en septembre 2024, l'ancien président de la BCE Mario Draghi avertissait que, faute de transformation radicale, l'économie européenne risquait une « lente agonie » face aux États-Unis et à l'Asie ; son rapport inspire la « boussole de compétitivité » présentée par la Commission en 2025. 

S'appuyant sur une base de données inédite confrontant chaque recommandation aux mesures adoptées jusqu'au 1er mai 2026, la note distingue les réformes « pleinement », « partiellement », « en cours » ou « aucune action engagée ».  Le hic : moins de 5 % des réformes les plus substantielles ont abouti — l'essentiel reste donc à faire. 

Plus optimiste, l'Institut Montaigne juge que l'UE pourrait franchir le seuil symbolique des 50 % d'ici douze mois.  Emmanuel Macron juge d'ailleurs le rapport « déjà caduc, pour partie ».


Les lectures de la semaine 

  • Dans une recension publiée par Engelsberg Ideas, Sean McGlynn s’appuie sur trois ouvrages récents pour relire le Brexit comme l’aboutissement de tensions anciennes, jamais vraiment réglées, entre le Royaume-Uni et le projet européen.

  • Dans War on the Rocks, Roderich Kiesewetter voit dans la première stratégie militaire nationale allemande un tournant nécessaire, mais encore insuffisant sans réforme rapide et en profondeur de la Bundeswehr.

Merci à Maxence de La Rochère pour la préparation de cette édition. À la semaine prochaine !

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