Mais aussi - UE-Inde, Buy European, Draghi, Iran
Bonjour. Nous sommes le 3 février 2026 et voici votre condensé utile d’actualité européenne. Suivez-nous également sur LinkedIn.
Le briefing de la semaine est signé par Lukáš Macek, chef du Centre Grande Europe à Institut Jacques Delors, dédié à l’analyse de l’élargissement de l’UE. Il est directeur du campus européen de Sciences Po à Dijon. Vous pouvez vous abonner à la revue de presse hebdomadaire du Centre Grande Europe ici.
BRIEFING | Par Lukáš Macek
La candidature ukrainienne est sans précédent : jamais une demande d’adhésion à l’Union européenne n’avait été formulée par un pays faisant face à une agression de la part d’une puissance voisine.
Ce contexte dramatique, aux conséquences géopolitiques lourdes pour l’UE, explique la célérité tout aussi inédite des premières étapes du processus d’élargissement à l’Ukraine. La suite pourrait-elle aller tout aussi vite ? L’UE est-elle en passe d’inventer un nouveau modèle d’adhésion, redéfinissant la notion même d’Etat membre ?
Si le président Zelensky évoque l’idée d’une “voie rapide” vers l’UE pour son pays dès 2022, ce scénario relevait jusqu’ici d’un vœu pieux. Mais les spéculations à ce sujet vont croissant, depuis que l’idée d’une adhésion dès 2027 est apparue dans certains projets du plan de paix pour l’Ukraine.
Le processus d’adhésion à l’UE appliqué jusqu’ici, et notamment depuis les élargissements en direction des pays d’Europe centrale et orientale (PECO), est fondé sur les principes de conditionnalité et de mérite, au regard des critères dits de Copenhague.
C’est la capacité de l’Etat candidat à se conformer à ces critères — démocratie et Etat de droit, économie de marché viable et compétitive, assimilation de l’acquis communautaire — qui détermine le rythme de l’adhésion.
Mais tout dépend aussi de l’appréciation par l’ensemble des Etats membres de l’opportunité d’un nouvel élargissement, compatible avec le maintien de “l'élan de l'intégration européenne”.
Les premières étapes relèvent de décisions politiques à portée essentiellement symbolique. Ainsi, l’Ukraine a obtenu le statut de candidat en moins de quatre mois et l’ouverture formelle des négociations d’adhésion en moins de deux ans. A titre de comparaison, les pays des Balkans occidentaux ont mis respectivement entre 2 et 6 ans et entre 3,5 et 18 ans pour franchir ces étapes.
Cette rapidité est compréhensible, compte tenu du contexte de guerre. Le processus se corse toutefois une fois les négociations ouvertes. Si, avec la Finlande, déjà très alignée avec l’UE, les négociations n’ont duré que 14 mois, elles se sont étalées sur environ 5 ans pour les PECO.
En ajoutant au moins un an pour la finalisation du traité d’adhésion et sa ratification, si l’Ukraine suivait le rythme de ces derniers, son adhésion se ferait au mieux début 2030.
Une “adhésion express”, dès 2027, signifierait donc à la fois l’intégration d’un pays manifestement peu préparé à l’aune des critères de Copenhague et un statut de membre assorti de nombreuses limitations.
Si les traités ne connaissent pas de pluralité de statuts au sein de l’UE, la pratique a consacré une géométrie assez variable en matière des droits et des obligations des Etats membres : zone euro, espace Schengen, divers “opt-outs”.
Par ailleurs, les traités d’adhésion peuvent modifier, temporairement ou durablement, les traités fondateurs. Il est donc tout à fait imaginable, dans le cas de l’Ukraine, que l’acte formel d’adhésion à l’UE ne constitue pas la conclusion mais le début d’un long processus de mise en conformité avec le droit de l’UE.
Autrement dit, si jusqu’ici les périodes de transition et autres dérogations représentaient des exceptions, elles pourraient devenir la règle.
Néanmoins, si une telle approche est juridiquement envisageable, est-elle pour autant réaliste et souhaitable ? Utiliser les termes “adhésion” ou “Etat membre” pour une situation très éloignée de ce qu’on entendait par là jusqu’ici risquerait d’accréditer l’idée que dans l’UE certains Etats sont désormais des membres de “seconde zone”.
Plus grave encore, cela reviendrait à sacrifier la logique de mérite et de conditionnalité, autrement dit à renoncer à ce que l’élargissement porte de plus précieux : sa nature transformatrice. Par ailleurs, la structure et le fonctionnement de l’UE en ressortiraient encore plus complexes.
Se poserait aussi la question des autres candidats : si cette nouvelle approche n’était réservée qu’à l’Ukraine, ce “deux poids deux mesures” ne porterait-il pas un coup fatal à la crédibilité de l’UE ? Enfin, une telle adhésion saurait-elle obtenir les 27 ratifications requises, en particulier en France, susceptible de passer par un référendum ?
L’intérêt géopolitique et la solidarité poussent l’UE à répondre à l’aspiration européenne de l’Ukraine aussi vite que possible. Mais plutôt qu’une adhésion express, fondamentalement factice et génératrice de nombreux problèmes, c’est l’adhésion graduelle qui offre une solution adaptée.
L’adhésion pleine et entière resterait une perspective de moyen terme, soumise à une conditionnalité stricte et exigeante des critères de Copenhague. Mais en amont, chaque pays candidat, selon ses mérites propres, devrait avoir progressivement l’accès à des bénéfices en principe réservés aux membres, qu’il s’agisse de la participation dans les institutions, de l’intégration dans les politiques communes ou encore de l’accès aux fonds européens, bien au-delà de ce qui a été offert aux candidats par le passé.
Et pour plus de lisibilité, plutôt que de proposer un statut qui n’aurait de membre que le nom, il faudrait créer un nouveau statut intermédiaire, conférant — provisoirement — des droits inférieurs à ceux des membres, mais bien plus importants que ceux traditionnellement accordés aux candidats.
Un message de notre partenaire commercial, Agriculture Circulaire
La dynamique des productions bovines et ovines bio en France
Vincent Chatellier, ingénieur de recherche à l’INRAE, met en lumière la dynamique de l’agriculture biologique en France, alors même que l’Europe fixe le cap ambitieux de 25 % de surfaces en bio d’ici 2030. Aujourd’hui, la France en est encore à 10 %, malgré une forte progression récente.
La filière bovine et ovine bio y joue un rôle central, valorisant les prairies permanentes et apportant des externalités écologiques. Toutefois, la pression sur le pouvoir d’achat et la baisse des ventes de produits animaux ont rendu l’équation plus délicate, ralentissant la dynamique.
Pour relever le défi du bio, il faut réaffirmer ses bénéfices environnementaux et soutenir les producteurs, par des aides ciblées et une meilleure information.
Pour découvrir ce modèle d’avenir et les initiatives qui le portent, rendez-vous sur le site agriculture-circulaire.fr
IN CASE YOU MISSED IT
MOTHER OF ALL DEALS • Les négociations sur l’accord de libre‑échange UE‑Inde se sont enfin achevées à New Delhi le 27 janvier 2026, après près de vingt ans de discussions en dents de scie. L’accord a été salué comme la “mère de tous les accords”.
Côté européen, la Commission va soumettre une proposition au Conseil en vue de la signature et de la conclusion de l’accord.
Après adoption par le Conseil, l’UE et l’Inde pourront signer l’accord. Celui devra ensuite recevoir l’approbation du Parlement européen et une décision du Conseil avant d’entrer en vigueur. Il deviendra applicable une fois ratifié par l’Inde.
L’accord couvre les biens, les services, l’investissement et le commerce numérique, avec des réductions tarifaires sur environ 96 à 99 % des échanges bilatéraux, sur des périodes de transition pouvant aller jusqu’à sept ans.
Les exportateurs européens obtiennent d’importantes baisses de droits sur l’automobile (de 110 % à 10 %, avec un quota d’importation de 250 000 véhicules), les produits agroalimentaires fortement taxés comme le vin (de 150 % à 75 % puis 20 %), l’huile d’olive et les produits transformés, mais aussi les machines et les produits chimiques. L’Inde obtient un meilleur accès pour ses exportations de textiles, cuir, produits d’ingénierie et denrées agricoles clés.
L’accord ouvre également le marché indien des services dans la finance, le transport maritime, les technologies de l’information et les professions libérales, tout en renforçant les règles sur la propriété intellectuelle, les normes et les marchés publics, avec un chapitre consacré au commerce et au développement durable.
Sur le plan politique, cet accord soutient la stratégie indo‑pacifique de l’UE et l’effort de diversification de l’Inde pour réduire sa dépendance à la Chine. Selon une analyse de l’Institut Kiel, les exportations indiennes vers l’UE augmenteraient de 41 %, et celles de l’UE vers l’Inde de 61 %.
“Les turbulences provoquées par les politiques tarifaires de l’administration Trump et les pratiques commerciales déloyales de la Chine ont clairement aiguisé les esprits, accru la flexibilité et accéléré la volonté des deux parties de parvenir à un accord après des années de blocage”, a déclaré Jörn Fleck, du Centre Europe de l’Atlantic Council.
L’accord intervient alors que l’UE peine encore à gérer les répercussions politiques de son accord avec le Mercosur, après le renvoi pour avis par le Parlement du texte devant la Cour de justice de l’UE. Obtenir la validation du Parlement pour les grands accords commerciaux est devenu un exercice d’équilibriste.
BUY EUROPEAN • Le commissaire au marché intérieur Stéphane Séjourné a pris la plume avec 1 141 chefs d’entreprise (aucun représentant du secteur automobile, la liste complète est disponible ici) pour promouvoir un virage “Buy European” dans les dépenses publiques de l’UE.
Dans leur tribune commune, publiée simultanément dans plusieurs grands journaux européens (en France, Les Echos), ils appellent à une préférence claire et assumée pour la production européenne chaque fois que de l’argent public est dépensé — qu’il s’agisse d’aides d’État, de marchés publics ou même d’investissements étrangers.
Présentée comme le prolongement politique du rapport Draghi sur la compétitivité, cette initiative répond autant aux offensives industrielles américaine et chinoise qu’elle ne teste jusqu’où ira le prochain mandat européen en matière de souveraineté économique.
DRAGHI • Lors d’un discours prononcé à Louvain (Belgique) le 1er février, Mario Draghi a estimé que l’Europe entre dans une ère de “politique de puissance” où les réponses fragmentées de ses États membres la rendent vulnérable face à de grandes puissances comme les États‑Unis et la Chine.
Face à ce constat, il a appelé de ses vœux une “véritable fédération” capable d’avancer plus vite et plus loin en matière d’intégration économique, de défense et de politique industrielle, y compris si tous les États membres ne sont pas prêts à suivre.
S’appuyant sur son rapport de 2024 sur la compétitivité, il a plaidé pour un effort massif d’investissement commun, un approfondissement du marché unique et un recours plus stratégique aux outils commerciaux, technologiques et sécuritaires afin de restaurer le poids économique et l’influence mondiale de l’Europe.
IRAN • Le 29 janvier, le Conseil de l’UE a inscrit 15 responsables iraniens et 6 entités supplémentaires sur la liste européenne des sanctions, en raison de la répression violente des manifestations et du soutien continu du régime à la Russie. Ils font désormais l’objet d’un gel de leurs avoirs, d’une interdiction de séjour dans l’UE et d’une interdiction de mettre à leur disposition des fonds ou des ressources économiques.
Parmi les personnes visées figurent le ministre de l’intérieur iranien, le procureur général ainsi que plusieurs commandants du Corps des Gardiens de la révolution islamique et hauts responsables de la police.
Dans une note publiée par Bruegel, Anne Bucher et Elizabeth Golberg pointent les faiblesses persistantes du cadre européen du « mieux réguler » et avancent des pistes de réforme pour rendre la production normative de l’UE plus cohérente et moins lourde dans sa mise en œuvre.
Alors que les débats sur la transition écologique agitent la scène politique européenne, Lukas Slothuus propose sur le blog LSE EUROPP une analyse de la manière dont la réaction hostile au développement de grands parcs solaires au Danemark a reconfiguré les dynamiques politiques autour des enjeux climatiques.