Kessel

Discussion avec Anna Hubert, Contexte

On vous parle Europe, énergie, et journalisme

La Revue européenne
3 min ⋅ 07/09/2023

Bonjour. Nous sommes ravis de vous retrouver. Cette semaine, nous vous proposons la lecture d’un entretien avec Anna Hubert, journaliste énergie chez Contexte. Cette newsletter vous est présentée en partenariat avec Blinkist

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Nous rencontrons Anna Hubert autour d’un pad-thaï chez Chaba Thai, au cœur du quartier européen. Bruxelles tourne encore au ralenti en ce 31 août — la réunion de rentrée du collège des commissaires a lieu le 6 septembre. 

Observatrice avisée et écoutée sur les questions énergétiques, Anna officie depuis 2020 chez Contexte, une publication spécialisée où des journalistes-geeks mêlent connexions au sein de la bulle européenne et expertise technique pointue. Le média, qui emploie désormais 80 personnes entre Paris et Bruxelles, est présent dans la capitale européenne depuis 2013. 

La torpeur de cette fin d’été ne trompe pas les journalistes qui couvrent l’actualité européenne. Avec les prochaines élections du Parlement européen en juin prochain et le renouvellement de la Commission qui suivra, les mois à venir s’annoncent intenses. “On a vraiment un semestre pour tout boucler. En 2024, nous  serons déjà sur une autre séquence médiatique tournée vers les élections, et moins sur les négociations législatives”, résume Anna Hubert.  

Anna Hubert est journaliste énergie chez Contexte depuis 2020 © LettyrisAnna Hubert est journaliste énergie chez Contexte depuis 2020 © Lettyris
L’instabilité gouvernementale en Espagne, qui tient la présidence tournante du Conseil de l’UE, ne devrait pas venir troubler les progrès législatifs de textes clés, comme le Net Zero Industry Act, réponse de l’UE à l’Inflation Reduction Act. “La présidence espagnole a hérité de nombreux textes déjà bien avancés. Et Sanchez n’a pas fait de l’Europe un axe majeur de sa tentative de reconduction à la tête du gouvernement, donc il y n’y aura pas de pression politique majeure pour présenter des ‘victoires’ au public espagnol”. 

En ce qui concerne la réforme du marché de l’électricité, la situation semble plus compliquée. L’accord au Conseil devait être trouvé avant l’été, mais les négociations n’ont à ce jour pas encore abouti et l’adoption du texte avant le lancement de la campagne des européennes, à partir de mars 2024, devient incertaine.

Au-delà de l’actualité immédiate, comment est perçue la France au niveau européen sur les dossiers énergétiques ? “Emmanuel Macron est extrêmement présent sur les dossiers. L’Elysée intervient partout, même pour des actes délégués sur l’hydrogène qui dans d’autres pays mobiliseraient des échelons inférieurs de l’appareil politique ou administratif. On sait que la France s’implique au plus haut niveau, et cela pèse”, note Anna. 

Chez ses partenaires européens, la France est perçue comme un joueur de poker avec une carte : le nucléaire. Tous les sujets énergie doivent prendre en compte l’atome. “La stratégie française est une stratégie du bulldozer. On pousse le sujet du nucléaire dans toutes les instances possibles. Si l’on regarde les résultats législatifs, ça marche. La France a incontestablement obtenu des victoires, mais au prix de beaucoup de capital politique car ce côté rouleau compresseur agace au plus haut niveau nos interlocuteurs européens. Le climat est assez délétère ”, indique Anna. “Il y a parfois chez les décideurs français le sentiment que rien ne se fait sans la France, ou du moins sans le couple franco-allemand. C’est vrai pour certains dossiers, mais le Conseil de l’UE, ce sont 27 Etats membres avec un droit de vote. Donner l’impression au reste de l’Europe de ne pas compter n’est pas le meilleur moyen de se faire des alliés”, ajoute-t-elle. 

Un article de Thibaut Shepman dans la revue des médias de l’INA se faisait récemment l’écho de l’agacement des journalistes politiques parisiens face aux éléments de langage et au cadenassage de la politique gouvernementale. Les journalistes bruxellois ont-ils les mêmes griefs à l’égard de l’Europe, souvent décrite et décriée pour son manque de transparence ? 

Pas vraiment. A Paris, on n’a presque aucune information si l’on a pas un accès privilégié au cabinet du ministre, ou au sein d’EDF pour les sujets énergie. À Bruxelles, les processus décisionnels se passent beaucoup à huis clos, mais le nombre d’acteurs impliqués dans ces discussions est beaucoup plus important”, avance Anna. 

Entre la Commission, le Parlement, et les 27 Etats membres présents au Conseil, un texte passe entre de nombreuses mains. Autant d’acteurs qui peuvent avoir intérêt à parler aux médias qui, à l’instar de Politico ou Contexte, font l’actualité de l’Union européenne autant qu’ils la décrivent. Au risque de souhaiter par des fuites médiatiques influencer l’agenda politique, une question à laquelle sont confrontés les habitués des scoops. “C’est toujours une question qu’on se pose. Quand on fait fuiter une proposition non publique, on est conscient d’influencer l’actualité qu’on décrit. Il y a forcément un risque de manipulation par certains acteurs, institutionnels comme non-institutionnels. Il ne faut pas oublier les lobbys et les ONG, qui sont très bien renseignés et font partie intégrante du jeu politique à Bruxelles”. 

D’où est venue la vocation pour le journalisme, et pour l’UE ensuite ? Anna étudie les sciences politiques et la communication, à Sciences Po Rennes puis au CELSA. C’est une expérience en communication au ministère de l’Intérieur qui lui donne envie d’être de l’autre côté de la barrière, avec les journalistes. Mais sur l’Europe, de préférence. Grandir dans une famille d’agriculteurs bretons — où les débats sur la PAC s’invitaient régulièrement à table — donne peut-être une conscience précoce du principal poste de dépenses de l’UE.

Après un passage au collège d’Europe à Bruges, Anna participe à la préparation de “Avenue de l’Europe”, une émission sur France 3, avant de rejoindre la rédaction européenne du grand quotidien japonais Asahi Shimbun, au sein de laquelle elle travaille un an. “Voir l’UE d’un point de vue étranger a été extrêmement formateur. Les médias non-européens ont une approche totalement différente, et voient l’UE comme un bloc, là où les médias nationaux européens ont tendance à tout analyser à travers la focale de l’Etat membre”. Anna est aussi correspondante pour Ouest France et commence à avoir des piges pour Contexte, dont elle intègre la rédaction début 2020.

Comment qualifier Contexte ? Fondé par des anciens d’Euractiv, Contexte s’adresse aux décideurs et professionnels des affaires publiques françaises et européennes. Le contenu est disponible sur abonnement uniquement, et compte un lectorat professionnel et francophone. 

Si des rumeurs prêtent à Contexte l’ambition de lancer un jour une version en anglais, difficile pour les médias européens d’échapper à leur d’origine. “A Bruxelles, nous parlons à tout le monde. Les français nous lisent pour savoir ce qui se passe au sein de l’UE, mais les Européens francophones nous suivent pour savoir ce que pensent les français”, ajoute Anna.   

La Revue européenne

Par What's up EU