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"Tout europhile doit voter pour le Nouveau Front Populaire" - Thomas Pellerin-Carlin, député européen (S&D)

Entretien avec Thomas Pellerin-Carlin (S&D) sur les résultats des européennes, les législatives en France et les ambitions européennes en matière de climat.

La Revue européenne
4 min ⋅ 21/06/2024

Les primo-élus au Parlement européen n’auront pas eu beaucoup de temps pour savourer leur victoire ce dimanche 9 juin. Pour Thomas Pellerin-Carlin (Place Publique), le tremblement de terre politique provoqué par la dissolution de l’Assemblée nationale a vite effacé la satisfaction du bon score de l’alliance Parti socialiste / Place Publique, arrivé en 3e place à l’issue du scrutin. 

En campagne, le 8 mai 2024En campagne, le 8 mai 2024

De bons résultats aux européennes

La liste menée par Raphaël Glucksmann double la mise, passant de 6,19% en 2019 avec 13,83% au soir du 9 juin, réalisant de très bon scores à Paris, en Bretagne et dans le Sud Ouest. La France envoie donc 13 eurodéputés au sein du groupe S&D (Alliance progressiste des socialistes et démocrates) arrivé en deuxième place au niveau européen, avec 136 sièges sur les 720 que compte le Parlement européen. C’est autant d’eurodéputés que la majorité présidentielle, qui est largement devancée par le Rassemblement National et ses 30 eurodéputés fraîchement élus. 

“Les Français sont de retour au sein du groupe S&D au Parlement européen. La dernière fois qu'on était aussi nombreux, c'était il y a dix ans. C'est une bonne chose, d'autant plus qu'il y a un affaiblissement plus général de la présence des Français dans les groupes importants. Avec les effondrements de LR, Renaissance et des Verts, l'influence de la France au Parlement européen va passer beaucoup plus par les sociaux-démocrates demain que c'était le cas auparavant. Donc ça nous donne aussi une responsabilité”, note Thomas Pellerin-Carlin. 

Si la France a connu un tremblement de terre le 9 juin au soir, force est de constater que les secousses ont été plus contenues au niveau européen. La poussée de l’extrême droite est surtout spectaculaire en France et en Allemagne, et a globalement été contrebalancée par les résultats dans le reste de l’UE. Les grands partis historiques — le Parti populaire européen du PPE, les socialistes de S&D et les libéraux de Renew — ont à eux trois récolté 406 sièges, soit 56,3% de l’hémicycle. Ils disposent ainsi d’une majorité relativement confortable de 45 sièges.  

La course aux top jobs — Commission européenne, Conseil européen, Service européen d’action extérieure et Parlement européen — devrait rester donc entre les mains du trio PPE/S&D/Renew. Au grand dam de Giorgia Meloni et du groupe des conservateurs européens (ECR) qui réalise une percée avec 83 sièges, devenant ainsi la 3e force politique au Parlement européen. 

De la recherche à la politique

Thomas Pellerin-Carlin a 34 ans. Il s’est engagé en 2021 chez Place Publique, “notamment par admiration pour Aurore Lalucq, une économiste, une chercheuse qui s’est engagée pour mener des combats essentiels, notamment sur le Bitcoin”, indique-t-il. Il vante également la véritable expérience de terrain de ses collègues comme Christophe Clergeau ou Eric Sargiacomo, mais aussi l’élan de jeunesse qu’apportent de nouveaux visages comme ceux d’Emma Rafowicz ou de Chloé Ridel.

Thomas Pellerin-Carlin est un spécialiste des affaires européennes, des questions climatiques et énergétiques. Avant son élection, il était directeur du programme Europe de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) et a travaillé plus de 7 ans à l’Institut Jacques Delors, prenant la direction de son Centre Energie. Il enseigne depuis 2020 à Sciences Po (Paris) sur la politique énergétique européenne. Son intérêt pour les questions européennes et énergétiques remontent à ses études — Sciences Po Lille et le Collège d’Europe à Bruges. 

Quel agenda pour le climat sous la prochaine mandature européenne ?

Il souhaite continuer à porter ses ambitions climatiques au sein des commissions ITRE (l'industrie, de la recherche et de l'énergie) et ENVI (environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire) du Parlement européen. 

La Commission von der Leyen s’était engagée dans un programme climatique ambitieux en 2019 avec le Green Deal. La fin du mandat a été marquée par le thème de la sur-réglementation en matière environnementale, les manifestations des agriculteurs et la fronde interne au sein du PPE. 

Vu ce contexte, l’Union européenne est-elle condamnée à raboter ses ambitions en matière de transition écologique ? Pour Thomas Pellerin-Carlin, “il faut allier le pessimisme de l'intelligence avec l'optimisme de la volonté (pour paraphraser Antonio Gramsci). Je pense que c'est la mission qu'on a quand on est en responsabilité.”

En matière environnementale : “Il reste beaucoup à faire. La dernière actualisation des travaux du GIEC nous montre que le réchauffement climatique va encore plus vite que ce que l’on pensait. Le problème n'est pas technique, le problème est politique. On a aujourd'hui toutes les techniques, toutes les technologies pour le résoudre. La question c'est est ce qu'on les met en place, à quelle vitesse?”

“Il y a un travail au long cours qui est essentiel pour qu'on ait ensuite les majorités pour faire passer de bonnes lois et de bons plans d'investissements pour le continent européen. Nous ne sommes évidemment pas seuls à défendre ces positions. Nous avons besoin des scientifiques, des ONG, des élus locaux de tous bords, et d’un élan politique. Le rôle que pourrait jouer Teresa Ribera (actuelle ministre espagnole de l’écologie) au sein de la prochaine Commission me donne de l’espoir”, détaille-t-il.  

À peine élu et de nouveau en campagne

Au lendemain de la dissolution de l’Assemblée nationale, Thomas Pellerin-Carlin fait des aller-retours entre Bruxelles, où il commence sa vie de député européen, et le Calvados, dont il est originaire et où il prête main-forte aux candidats du Nouveau Front Populaire (NFP). 

Au niveau européen, les membres de cette nouvelle coalition électorale siègent dans des groupes différents : le S&D pour Place Publique et le Parti socialiste, The Left (GUE/NGL) pour La France Insoumise, les Verts pour Europe Ecologie Les Verts. Les différences de chapelles — nationales ou européennes — ont été mises de côté avec une seule priorité : éviter que Jordan Bardella (réélu eurodéputé) remporte la majorité des sièges à l’Assemblée nationale le 7 juillet. Selon un récent sondage, le Rassemblement national et Eric Ciotti flirtent avec la majorité absolue. 

Pour Thomas Pellerin-Carlin, “dans le contexte actuel, il faut être très clair : tout europhile doit soutenir le Nouveau Front populaire. La priorité des priorités, c'est qu'il n'y ait pas le retour de l'extrême droite au pouvoir en France pour la première fois depuis 1940.” 

Au niveau européen, si le président de la République a des pouvoirs réservés en matière de politique étrangère, ce sont les ministres responsables qui siègent au Conseil de l’Union européenne. “Certains se font des idées sur les pouvoirs réservés du Président en cas de cohabitation avec l’extrême droite. Mais on sait très bien ce qui va se passer : Emmanuel Macron serait complètement délégitimé, il ne pèserait plus du tout au niveau du Conseil européen. Au Conseil de l’UE, la voix de la France serait portée par les ministres du RN, des climato-négationnistes aux poutinophiles”, note Thomas Pellerin-Carlin.

À ceux qui dénoncent l’alliance de sociaux-démocrates avec la gauche radicale, Thomas Pellerin-Carlin renvoie à l’exemple espagnol. “Il ne faut pas se laisser abuser par le discours macroniste qui disqualifie le Nouveau Front Populaire. Ce que propose le Nouveau Front Populaire, c’est ce que fait Pedro Sanchez avec la coalition entre le PSOE et Sumar. C’est un modèle d'une politique d'une gauche humaniste, pro-européenne, féministe, qui est à la fois sérieux sur le social et sérieuse sur l'économie. Il y a une augmentation du SMIC extrêmement importante en Espagne. Ça a bien marché. Ça a été un des éléments qui a permis d'améliorer la justice sociale. Il y a eu aussi une taxation des plus riches en Espagne. Donc, pour moi, c'est vraiment un point de référence”, note-t-il. 

Il ajoute : “Mais évidemment, Emmanuel Macron n’a aucun intérêt à reconnaître que le Nouveau Front Populaire est la version française de la coalition de gauche qui gouverne intelligemment l’Espagne depuis six ans, et qui a, elle, réussi à faire baisser l’extrême-droite.” Quant à son engagement européen, “l'attachement au projet européen est au cœur de notre programme. C’était une condition sine qua non pour que Place Publique participe au Nouveau Front Populaire.”, avance-t-il.

La Revue européenne

Par What's up EU