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Le Briefing
Comment se positionner vis-à-vis de l’extrême droite au sortir des élections européennes ? Tandis que les leaders européens tentent de répondre à cette question, les différences au sein des partis d'extrême droite européens sont plus visibles que jamais.
Giorgia Meloni et Ursula von der Leyen © Shutterstock
COLLABORATION ? • Le 23 mai, lors d’un débat entre têtes de listes des groupes politiques européens, Ursula von der Leyen a à nouveau laissé entendre qu’une collaboration avec une partie de l’extrême droite était envisageable.
Celle-ci a déclaré : "Il est important de définir des principes clairs pour savoir avec qui nous voulons travailler au Parlement européen (...) J'ai trois critères : le premier est d’être pro-Europe, le deuxième est d’être pro-Ukraine et anti-Poutine, et le troisième est d’être pro-état de droit”.
Pour la présidente de la Commission,le Rassemblement National (RN) et l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) ne remplissent pas ces critères : “Ils sont des amis de Poutine et ils veulent détruire notre Europe”.
Mais cela n’est pas le cas de tous les partis d’extrême droite : “Giorgia Meloni est clairement pro-européenne, anti-Poutine et pro-état de droit. Si cela tient, alors nous proposons de travailler ensemble”, a déclaré von der Leyen.
Le parti de Giorgia Meloni, Frères d’Italie, est membre de l’une des deux formations d’extrême droite du Parlement européen : les Conservateurs et réformistes européens (CRE) — l’autre formation étant le groupe Identité et démocratie (ID).
Partis membres du groupe ID : AfD, RN, Ligue italienne, entre autres.
Partis membres du groupe CRE : Frères d’Italie, le parti Droit et justice (PiS) polonais, VOX (Espagne), entre autres. Reconquête pourrait également intégrer le groupe après les élections.
Au sein de l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU), von der Leyen n’est pas la seule à se rapprocher des Frères d’Italie. Jens Spahn, député de la CDU au Bundestag, a déclaré à Euractiv que le “pare-feu” se trouvait “à droite du parti de Meloni au Parlement européen”.
ENJEUX • L’enjeu est de taille pour la présidente de la Commission, qui doit recueillir le soutien de la majorité des eurodéputés afin de briguer un second mandat.
En 2019, von der Leyen avait été approuvée à 9 voix près. Elle avait reçu le soutien du Parti populaire européen (le PPE, auquel la CDU appartient), des libéraux (Renew Europe) et des sociaux-démocrates (S&D).
Seule une partie de S&D avait décidé de voter pour elle, ce qui laisse penser — le vote est à bulletin secret — que le vote au Parlement a aussi reposé sur le soutien d’autres partis, y compris le Mouvement 5 étoiles italien.
Les sondages indiquent que le PPE et les sociaux-démocrates devraient garder à peu près le même nombre de sièges à la sortie des élections. En revanche, il est attendu que Renew en perde une vingtaine, ce qui pousse Ursula von der Leyen à chercher d’autres soutiens.
LEVÉE DE BOUCLIERS • Mais les signaux positifs envoyés par von der Leyen aux groupes à droite du PPE ne sont pas du goût de tous, notamment au sein de la coalition PPE-S&D-Renew.
La semaine dernière, Giacomo Filibeck, secrétaire général du parti socialiste européen (représenté par S&D au Parlement), a appelé le PPE à voir le “vrai visage” de Meloni. Les mêmes réticences se font ressentir du côté de Renew : le parti a cosigné — avec les sociaux-démocrates et les verts — une lettre appelant Ursula von der Leyen à ne pas collaborer avec l’extrême droite.
L’opposition vient aussi de certains chefs d’État et de gouvernement européens. Le chancelier allemand Olaf Scholz (dont le parti appartient au groupe S&D) a averti qu’il serait “une erreur pour l’avenir de l’Europe” que la prochaine Commission soit “basée sur une majorité qui a également le soutien des extrémistes de droite”.
Si Ursula von der Leyen doit s’assurer du soutien de la majorité au prochain Parlement, elle devra avant cela être proposée par le Conseil européen qui votera à la majorité qualifiée.
ÉVOLUTIONS • Pour le moment, von der Leyen reste ouverte à une collaboration avec des députés à la droite du PPE. Mais cette éventuelle collaboration “dépendra de la composition du Parlement et de qui est dans quel groupe”, a-t-elle déclaré.
Et pour cause, l’extrême droite européenne traverse une période mouvementée : les 9 membres de l’AfD — parti d’extrême droite allemand — viennent d’être exclus du groupe ID au Parlement européen, suite aux scandales à répétition autour de l’eurodéputé Maximilian Krah.
Avec l’AfD en moins, le groupe ID est maintenant composé de seulement 7 partis — le nombre minimum pour pouvoir former un groupe politique au Parlement européen.
La situation entre le RN et l’AfD est devenue très tendue ces derniers mois : les positions de plus en plus extrêmes de l’AfD ont mis le RN dans l’embarras. Par ailleurs, le groupe ID a décidé de ne pas publier de manifeste commun en vue de l’élection.
Des tensions sont également présentes entre les groupes ID et CRE. Si l’ex-premier ministre polonais (du PiS) a laissé entendre qu’une fusion entre les deux groupes était possible, celle-ci reste extremmement incertaine, vu les divergences majeures sur la position à adopter vis-à-vis des institutions européennes ou encore le soutien à l’Ukraine.
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Inter Alia
ESPACE • Le 22 mai, lors du sommet spatial européen annuel, l’Agence spatiale européenne (ESA) a annoncé avoir sélectionné deux entreprises pour développer un vaisseau cargo capable de transporter du fret vers la Station spatiale internationale (ISS) puis de revenir sur Terre. Jusqu’à présent, les vaisseaux européens n’étaient pas conçus pour faire le trajet retour.
Les deux entreprises sélectionnées sont les suivantes : le groupe franco-italien Thales Alenia Space (TAS) et la start-up franco-allemande The Exploration Company. Le montant du financement initial de l’ESA s’élève à 25 millions d’euros.
C’est le premier projet pour lequel l’ESA fait entièrement confiance à des acteurs privés, à la manière de la NASA et SpaceX et de son programme COTS (Commercial Orbital Transportation Services).
Pour l’Europe, l’objectif à court terme est de devenir plus autonome dans le domaine du transport spatial : en 2030, l’ISS sera abandonnée et les stations spatiales privées prendront le relais.
À moyen terme, l’Europe pourrait utiliser ces cargos de fret pour se positionner sur les vols habités, que seuls les États-Unis, la Chine, la Russie et l’Inde sont capables de réaliser pour le moment.
TOBLERONE • Amende salée pour un producteur de sucreries. Mondelēz — l’entreprise américaine derrière Oreo, Toblerone, TUC ou Milka — écope d’une amende de de 337,5 millions d’euros infligée par la Commission européenne.
Mondelez aurait notamment cloisonné les marchés nationaux en imposant des dispositions contractuelles limitant la possibilité pour ses courtiers de vendre et d’acheter dans d’autres États membres.
Par ailleurs, plusieurs gouvernements européens, emmenés par les Pays Bas, ont adressé une lettre à la Commission, lui demandant d’agir contre les limites territoriales contractuellement imposées par des marques à leurs revendeurs pour éviter les importations parallèles.
Les grandes marques ont fréquemment recours à ces clauses, qui leur permettent d’avoir un pricing différencié selon les marchés au sein de l’UE. Elles souhaitent éviter que les grossistes importent des produits de pays où ceux-ci sont vendus moins chers pour les revendre là où ils sont revendus plus chers.
Les signataires de la lettre souhaitent que ces restrictions territoriales soient déclarées illégales ex-ante, sans qu’il soit nécessaire pour les autorités de concurrence de démontrer ex-post qu’il y a eu un abus de position dominante.
Selon une étude publiée par la Commission en 2020, les consommateurs européens économiseraient 14,1 milliards d’euros par an si ces restrictions territoriales étaient abolies au sein de l’UE.
TÊTES DE LISTE • Le jeudi 23 mai, le troisième et dernier débat entre les candidats à la présidence de la Commission européenne a été organisé par le Parlement européen.
Tous les candidats ont défendu la création de voies légales d’immigration pour pallier le manque de main d’œuvre de l’économie européenne. Nicolas Schmit (Parti socialiste européen) a critiqué les conditions d’externalisation de la gestion des frontières à des États tiers, notamment à propos de la Tunisie.
Sur la défense, Ursula von der Leyen a défendu un double réarmement, de l’Ukraine et des États membres, prônant l’idée d’un “bouclier de défense aérienne pour l’ensemble de l’Union européenne”.
Lors d’un autre débat organisé par Bruegel et le Financial Times le 21 mai, Sandro Gozi (Renew) a condamné les politiques commerciales “de plus en plus agressives” de la Chine, tandis que Nicolas Schmit a averti que l’Europe pourrait connaître le “début d’une guerre commerciale”. Ursula von der Leyen a quant à elle relativisé la probabilité d’une guerre commerciale.
Sur l’économie, Ursula von der Leyen a proposé de rendre les fonds de cohésion et la PAC accessibles aux États membres en échange de réforme de leurs économies.
GEORGIE • La Commission de Venise, la plus haute instance de droit constitutionnel du Conseil de l’Europe, a exhorté le gouvernement géorgien à renoncer à l’adoption du projet de loi sur les influences étrangères, soulignant les analogies avec les lois controversées mises en œuvre par la Russie, la Hongrie et le Kirghizistan. Cette loi réduirait la liberté des médias et des ONG en Géorgie.
Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a annoncé la mise en place d’une nouvelle politique de restrictions de visa pour les personnes responsables ou complices de la “déstabilisation de la démocratie en Géorgie” ainsi que le réexamen de leur relation bilatérale.
CHINE • La semaine dernière lors d’un discours en Allemagne, la secrétaire américaine au Trésor Janet Yellen a appelé l’UE à s’aligner sur la récente augmentation américaine des droits de douane frappant les produits chinois, notamment les véhicules électriques.
Nos lectures de la semaine
Pour l’Institut Montaigne, Joseph de Weck analyse l’état des relations franco-allemandes.
Fredrik Erixon de l’ECIPE se tourne vers Tocqueville pour comprendre le défi démocratique auquel font face les institutions européennes.
Jacob Funk Kirkegaard du Peterson Institute défend le pragmatisme de la réponse européenne à l’essor des exportations de voitures électriques chinoises.
Cette édition a été préparée par l’équipe de What’s up EU, notamment Thomas Blanda, Lidia Bilali, Gianni Gaboret et Maxence de La Rochère. À la semaine prochaine !
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